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Pour que l’avenir de la Moselle luxembourgeoise ne reste pas en friche

juin 2026
La viticulture façonne la région mosellane depuis l’époque romaine. Mais les successions incertaines, la hausse des coûts et l’évolution des habitudes de consommation mettent les vignerons sous pression. Un projet LEADER veut enrayer ce mouvement en misant sur une bourse aux parcelles viticoles, un accompagnement ciblé et de nouvelles idées pour préserver ce paysage culturel.

Felix Weyer fait preuve de courage. Lorsque son père partira à la retraite, il reprendra l’exploitation viticole familiale à Grevenmacher. Il fera alors partie du petit cercle de jeunes qui, sur la Moselle luxembourgeoise, choisissent encore cette voie. Pour 60 % des vignerons âgés de plus de 50 ans, la succession de l’exploitation n’est pas assurée. « Un jeune vigneron doit aujourd’hui faire face à des coûts croissants, à un travail physique important, aux aléas climatiques et à un marché devenu plus difficile. Beaucoup finissent par se poser la question : peut-on encore vraiment bien vivre de ce métier ? », explique Felix Weyer.

Les conséquences sont visibles dans les vignobles. De plus en plus de parcelles restent en friche. Là où, autrefois, les ceps étaient soigneusement entretenus, broussailles et végétation sauvage gagnent désormais du terrain. C’est précisément là qu’intervient la « Wéngertsbourse » : une plateforme numérique qui offre aux propriétaires de parcelles viticoles et aux personnes intéressées un point de contact centralisé pour l’achat ou la location. Celui qui souhaite céder une parcelle peut publier une annonce en quelques clics. Celui qui en cherche une peut prendre directement contact. Cette plateforme constitue la pièce maîtresse du projet LEADER « Bourse aux parcelles viticoles & gestion des friches », dont Felix Weyer assure la coordination parallèlement à son travail dans l’exploitation viticole de ses parents.

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Sur le plan professionnel, le jeune homme de 26 ans est solidement armé. Après une formation de technicien horticole en paysagisme au Lycée Technique Agricole d’Ettelbruck, il a opté pour des études en alternance en viticulture et œnologie au Weincampus Neustadt. Des stages intensifs l’ont mené aussi bien à Nittel, non loin du Luxembourg, qu’à Deidesheim, dans le Palatinat, et jusqu’en Champagne : autant de régions de tradition et de plaisir gourmand qui, comme la Moselle luxembourgeoise, misent aussi sur le tourisme.

Celui qui cède une parcelle peut publier une annonce en quelques clics.
Celui qui en cherche des vignobles peut prendre directement contact.

La plateforme « Wéngertsbourse » met en relation, en toute simplicité, les PROPRIÉTAIRES et les personnes intéressées

« L’objectif principal du projet LEADER est de préserver le paysage culturel », souligne Felix Weyer. Car les vignes non cultivées ne posent pas seulement un problème esthétique. Une mosaïque de parcelles exploitées et de terrains redevenus sauvages peut devenir dangereuse pour toute une région. Les parcelles viticoles abandonnées, appelées Drieschen en Luxembourgeois, peuvent ainsi se transformer en foyers de maladies et de ravageurs. Les ceps continuent à pousser et envahissent de vastes surfaces. S’ils sont malades ou infestés, les vignobles voisins peuvent à leur tour être touchés. À cela s’ajoutent la dissémination des graines et la prolifération des mauvaises herbes, favorisées par l’absence d’entretien.

„ C'est particulièrement délicat dans le cas de maladies telles que la Flavescence dorée, une maladie dangereuse de la vigne transmise par la cicadelle américaine de la vigne. “ Ces zones à l'état sauvage offrent souvent de bons refuges aux vecteurs de la maladie », explique Felix Weyer.

Le succès rencontré par la « Wéngertsbourse » l’incite toutefois à l’optimisme. Ce système numérique de mise en relation semble fonctionner au-delà des générations « Récemment, un vigneron de 81 ans m’a confié qu’il avait rempli son annonce en ligne sans difficulté. On peut donc dire que la plateforme a passé avec succès son test d’ergonomie », raconte-t-il en riant.

Mais toutes les parcelles ne trouvent pas aussitôt preneur. Là encore, la plateforme apporte des conseils concrets : informations sur les aides étatiques à l’arrachage sanitaire, contacts d’entreprises spécialisées pouvant assurer l’entretien des vignobles, indications sur le pâturage ovin ou encore sur les programmes en faveur de la biodiversité.

Pour mieux cerner l’ampleur du phénomène, Felix Weyer recense actuellement les parcelles non cultivées. À l’avenir, il souhaite miser davantage sur la sensibilisation et organiser des soirées d’information dans les communes.

Et comme LEADER est aussi synonyme d’innovation, il réfléchit déjà à des cultures alternatives, comme les noix ou les amandes. Les plantes les mieux adaptées sont celles capables de résister à des sites ensoleillés, secs et souvent pierreux. Les exploitations viticoles prêtes à se lancer dans un tel projet pilote sont les bienvenues.