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Sans frontières, sans limites !

juin 2026
Les deux Groupes d’Action Locale Miselerland au Luxembourg et Moselfranken en Rhénanie-Palatinat partagent depuis dix ans une stratégie de développement LEADER commune et transnationale. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement au quotidien ? Nous sommes allés à la rencontre de nos partenaires allemands à Sarrebourg pour en savoir plus.

La saison touristique vient à peine de commencer, mais plusieurs groupes de visiteurs sillonnent déjà les ruelles étroites de Sarrebourg aux côtés de leur guide. À chaque détour, un nouveau décor se dévoile : maisons à colombages médiévales aux façades penchées, imposants édifices baroques, cascade spectaculaire traversant le centre-ville, sans oublier le château qui domine la cité et lui a donné son nom. Construit en 994 par le comte Sigefroid de Luxembourg, il n’est pas le seul lien qui unit la ville au Grand-Duché. Une grande partie de l’actuelle Verbandsgemeinde Saarburg-Kell a en effet appartenu pendant des siècles aux souverains luxembourgeois.

Pour Jürgen Dixius, cette profonde proximité historique explique en partie pourquoi les régions de Moselfranken, en Allemagne, et du Miselerland ont réussi à devenir la première région LEADER transnationale d’Europe. Les deux territoires collaborent sur des projets communs depuis 2006 et disposent, depuis dix ans, d’une stratégie de développement LEADER partagée. Maire de la Verbandsgemeinde depuis 2014 et président de la région LEADER Moselfranken, Jürgen Dixius avait auparavant exercé les fonctions de bourgmestre de Sarrebourg. C’est à cette occasion qu’il a découvert LEADER comme outil de participation locale.

Dans l’hôtel de ville historique de Sarrebourg, il nous accueille aux côtés de Matthias Faß, manager du Groupe d’Action Locale Moselfranken. À leurs yeux, la frontière ne marque plus une limite, mais ouvre un espace de coopération. « Notre objectif a toujours été de mettre en place des projets transfrontaliers, car nous nous considérons comme une seule et même grande région européenne », explique Jürgen Dixius. La région mosellane, espace culturel façonné pendant des siècles par la viticulture qui a nourri les populations des deux rives du fleuve, connaît aujourd’hui, dans une Europe sans frontières, un niveau d’intégration économique inédit. Plus de 50 000 personnes traversent chaque jour la frontière pour travailler au Luxembourg. Parallèlement, le coût du logement pousse un nombre croissant de Luxembourgeoises et de Luxembourgeois à s’installer de l’autre côté de la frontière. Cette interdépendance économique crée cependant de nouveaux défis à l’échelle locale : augmentation du trafic, pression foncière accrue et besoins croissants en infrastructures et en aménagement du territoire.

Résoudre les problèmes au-delà des frontières

Des défis qu'il n'est pratiquement plus possible de relever de manière isolée. Et qui nécessitent une planification territoriale commune. „ Même là où les ministères des Länder collaborent aujourd’hui, par exemple dans le cadre du concept de développement de la haute vallée de la Moselle, ils tirent profit des liens étroits entre les groupes d’action locale et des connaissances ainsi recueillies directement sur le terrain “, explique Jürgen Dixius. Ainsi, le principe « de bas en haut » contribue à résoudre les problèmes au-delà des frontières. Il cite comme projets phares l’acquisition d’un bateau de pompiers germano-luxembourgeois dans le cadre d’un projet Interreg, ainsi que l’utilisation commune de la salle polyvalente actuellement en cours de construction à Wincheringen. En cas de catastrophe (panne d’électricité, inondations), celle-ci pourra servir de point de rassemblement pour la population et les secouristes des deux côtés de la frontière, allemand et luxembourgeois. Elle est conçue de manière à ce que les équipes de secours puissent y installer rapidement leur centre de coordination. Elle peut en outre faire office de centre de gestion de crise pour la région germano-luxembourgeoise.

« La coopération se construit dans la durée, à travers des processus », résume Matthias Faß. Pour lui, le véritable défi commence souvent une fois le projet achevé : mettre en place des structures durables capables de survivre aux changements de périodes de programmation ou de responsables. En tant que manager régional, il veille à ce que les dynamiques engagées ne s’essoufflent pas. « D’une manière générale, la coopération transfrontalière est clairement perçue comme une valeur ajoutée des deux côtés. »

« D’une manière générale, la coopération transfrontalière est clairement perçue comme une valeur ajoutée des deux côtés. » Diplômé en sciences sociales de l’Université de Trèves, Matthias Faß s’est engagé, avant de devenir manager LEADER en 2018, comme coordinateur de projets dédiés au développement de communautés villageoises actives. Pour lui, le développement régional consiste avant tout à réunir les personnes capables de faire avancer les choses.

Tous autour d'une table

Aux côtés de son homologue luxembourgeois Thomas Wallrich, il joue un rôle de moteur et d’initiateur. Ensemble, ils créent régulièrement des occasions d’échange. « Pour rassembler un maximum d’acteurs autour de la même table, il faut des thèmes et des questions qui concernent réellement les deux côtés de la frontière. »

Ils mettent en relation responsables politiques, mais aussi citoyens désireux d’apprendre de leurs voisins. C’est dans cet esprit que LEADER Miselerland et LEADER Moselfranken ont organisé, entre 2021 et 2023, quinze « Nopertrips » : des excursions thématiques qui ont permis à plus de 400 participants de découvrir des projets et des méthodes dans des domaines aussi variés que la biodiversité, la viticulture et sa commercialisation, le tourisme, la jeunesse ou encore l’engagement citoyen.

Cette dynamique se poursuit durant la période de programmation actuelle avec le projet « Échanges sans frontières », auquel participe également la région LEADER Merzig-Wadern. L’objectif est de soutenir les échanges professionnels et la création de nouveaux réseaux adaptés aux besoins des territoires concernés. Les publics visés sont nombreux : jeunes et maisons de jeunes de la région frontalière, enseignants, acteurs de la protection de l’environnement et du secteur social, communes, syndicats intercommunaux et établissements publics. Afin de coordonner les activités, LEADER a recruté une personne spécifiquement dédiée à cette mission pour une durée de quatre ans. Son bureau est installé à Grevenmacher. Le projet est porté par LEADER Miselerland, tandis que son financement est assuré conjointement par l’Union européenne et les trois régions partenaires.

Autre élément remarquable : l’accord administratif conclu entre le Luxembourg, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre pour les projets de coopération. Dans le cadre de ces projets, ce sont les règles de financement de la région LEADER chef de file ainsi que les résultats des contrôles réalisés par le ministère de l’Agriculture compétent qui s’appliquent. Cette simplification permet d’éviter que les projets ne soient freinés par des obstacles administratifs.

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que le rétablissement des contrôles aux frontières soit perçu par les habitants de la Grande Région non seulement comme une source de désagréments et d’embouteillages, mais aussi comme une remise en cause de leur identité même. Pour ceux qui doutent encore de l’idée européenne, il suffit de parcourir les villages qui bordent la Moselle, de part et d’autre de la frontière, et d’échanger avec leurs habitants. On comprend alors rapidement qu’au quotidien, la coopération transfrontalière résout bien davantage de problèmes qu’elle n’en crée.